Le Portugal reste une destination phare pour les Français mais la donne fiscale a radicalement changé depuis le 31 mars 2025. Le fameux régime des résidents non habituels (NHR) a disparu pour les nouveaux arrivants et laissé place à l’IFICI, un dispositif beaucoup plus sélectif. Nous vous expliquons ce qui s’applique réellement aux expatriés français en 2026 selon votre profil : retraité, actif qualifié ou investisseur.
En bref : le NHR est fermé depuis fin mars 2025, le nouveau régime IFICI cible les profils hautement qualifiés avec un taux forfaitaire de 20% sur les revenus portugais et des exonérations sur certains revenus étrangers. Les pensions étrangères sont désormais imposables au barème progressif, ce qui change tout pour les retraités.
La fin du NHR et l’arrivée du régime IFICI
Le régime NHR a officiellement pris fin pour les nouveaux entrants le 31 mars 2025. Les Français déjà inscrits avant le 31 décembre 2023 conservent leur statut pour la durée restante des 10 ans prévus au départ : c’est une sécurité juridique importante pour les expatriés de longue date.
Le gouvernement portugais a voulu recentrer l’effort fiscal sur les talents qui apportent une vraie valeur à l’économie locale. C’est pour cela qu’est né l’IFICI (Incitation Fiscale à la Recherche Scientifique et à l’Innovation), parfois surnommé NHR 2.0. Les critères sont plus exigeants et le ciblage professionnel beaucoup plus strict.
Attention : si vous avez été résident fiscal portugais à un moment entre 2021 et 2025, vous ne pouvez pas demander l’IFICI en 2026. La clause des 5 ans d’absence est incontournable.
À qui s’adresse vraiment l’IFICI en 2026 ?
L’IFICI cible exclusivement des profils hautement qualifiés exerçant dans des secteurs jugés stratégiques : recherche scientifique, innovation, technologies de pointe, santé, énergies renouvelables ou enseignement supérieur. Il ne suffit plus de s’installer au Portugal pour en bénéficier, il faut prouver une activité professionnelle conforme aux critères chaque année.
Pour les profils éligibles, le régime reste très intéressant : taux forfaitaire de 20% sur les revenus d’activité salariée ou indépendante exercée au Portugal (catégorie A et B), exonération sur la majorité des revenus étrangers (dividendes, intérêts, loyers, plus-values). Nous vous conseillons de vérifier l’éligibilité précise de votre poste auprès de l’Agência para o Investimento e Comércio Externo (AICEP) avant tout projet d’installation.
| Régime | Cible | Taux principal | Revenus étrangers | Durée |
|---|---|---|---|---|
| IFICI | Profils actifs (tech, recherche, innovation) | 20% forfait | Exonérés (sauf pensions) | 10 ans |
| Taux standard | Tous résidents | Barème 14% à 48% | Imposés normalement | Illimité |
| Madeira (réduit) | Résidents île + revenus financiers | 16,8% à 19,6% (dividendes) | Partiellement réduits | Illimité |
Quel impact concret pour les retraités français ?
C’est le changement le plus brutal. Le NHR permettait d’exonérer partiellement ou totalement les pensions étrangères ; ce n’est plus le cas. Les retraités français qui s’installent au Portugal en 2026 se retrouvent imposés au barème progressif portugais, dont les tranches vont jusqu’à 48% au-dessus de 83 696 € annuels.
Prenons un cas concret : un couple de retraités français avec une pension annuelle de 30 000 € subira une imposition effective de l’ordre de 20 à 30% selon sa situation, soit 6 000 à 9 000 € d’impôt au Portugal. En comparaison, en France, ce même couple supporte environ 2 500 à 3 500 € d’impôt grâce au quotient familial. L’équation s’inverse donc nettement pour beaucoup de profils.
Erreur fréquente : penser qu’on peut quand même bénéficier du NHR parce qu’on a visité le Portugal en 2024. La résidence fiscale s’établit avec 183 jours sur l’année ou un foyer permanent, pas avec de simples séjours. Seuls les agréments NHR obtenus avant le 31 décembre 2023 restent valides.
Et pour les investisseurs et les revenus passifs ?
Pour les investisseurs, le tableau est mitigé. Sans IFICI, les dividendes et plus-values sont généralement imposés à 28% au taux forfaitaire portugais. Les revenus fonciers d’immeubles situés à l’étranger échappent en principe à l’impôt portugais grâce aux conventions de non double imposition. Encore faut-il déclarer ces revenus correctement pour bénéficier de la convention franco-portugaise du 14 janvier 1971 révisée en 2017.
Une piste intéressante reste la région autonome de Madère, qui applique un taux réduit de 16,8% à 19,6% sur les dividendes et intérêts perçus par les résidents locaux. Pour un investisseur qui diversifie son patrimoine à l’international, cette option mérite d’être étudiée, en particulier si vous souhaitez investir dans l’immobilier au Portugal et y établir votre résidence principale.
Golden Visa : quelle articulation avec la nouvelle fiscalité ?
Le Golden Visa portugais existe toujours mais sa nature a fondamentalement changé en octobre 2023 : l’achat immobilier n’ouvre plus droit au visa, seuls les investissements en fonds qualifiés, en recherche scientifique ou en création d’emplois sont éligibles. Ticket d’entrée minimal : 500 000 € pour un fonds de capital-risque éligible ou 250 000 € pour un soutien à la création artistique et au patrimoine.
Attention à ne pas confondre résidence physique et résidence fiscale : détenir un Golden Visa ne vous rend pas automatiquement résident fiscal portugais. Pour aller plus loin sur les programmes d’investissement européens, consultez notre analyse du Golden Visa en Europe en 2026.
Faut-il encore s’installer au Portugal en 2026 ?
La réponse dépend entièrement de votre profil. Pour un ingénieur dans la tech, un chercheur ou un entrepreneur de l’innovation, l’IFICI reste l’un des régimes les plus compétitifs d’Europe : un salaire portugais à 60 000 € sera imposé à 20% flat (12 000 €) contre 30 à 45% en France selon la tranche. Le calcul est vite fait.
Pour un retraité moyen avec une pension de 25 000 à 40 000 €, le Portugal perd une grande partie de son attrait fiscal en 2026. Les alternatives sérieuses en Europe s’appellent aujourd’hui Italie (flat tax de 7% pendant 9 ans dans certaines régions du Sud pour les retraités), Grèce (7% sur les pensions étrangères pendant 15 ans) ou Chypre. Nous vous recommandons de faire tourner plusieurs simulations avant de vous engager sur un pays.
À retenir : le cadre fiscal portugais 2026 privilégie désormais les talents actifs sur les revenus passifs. La décision de s’expatrier doit être recalibrée avec un conseiller fiscal franco-portugais avant tout déménagement.
Questions fréquentes sur la fiscalité au Portugal en 2026
Voici les interrogations les plus courantes que nous recevons sur ce sujet.
Je bénéficie du NHR depuis 2022, que se passe-t-il pour moi en 2026 ?
Rien ne change pour vous. Tous les expatriés dont l’agrément NHR a été validé avant le 31 décembre 2023 conservent leurs avantages jusqu’à la fin de leur période de 10 ans. Vos pensions et revenus étrangers restent soumis aux règles de l’ancien régime pour toute la durée restante.
Un retraité français a-t-il encore intérêt à s’installer au Portugal en 2026 ?
L’intérêt fiscal pur s’est considérablement réduit. Si votre motivation principale était le NHR, nous vous recommandons d’étudier l’Italie du Sud (flat tax 7%) ou la Grèce avant de finaliser votre projet portugais. Le Portugal reste attractif pour la qualité de vie, le climat et le coût de la vie. En revanche, l’optimisation fiscale des pensions n’est plus au rendez-vous.
L’IFICI couvre-t-il les revenus locatifs d’un bien situé en France ?
Oui, les revenus fonciers de source étrangère entrent dans les catégories de revenus étrangers exonérés au titre de l’IFICI. Cependant, la France conserve le droit d’imposer ces loyers en vertu de la convention fiscale bilatérale. Vous paierez donc l’impôt foncier en France, sans double imposition portugaise.
Dois-je déclarer mes revenus français si je deviens résident fiscal portugais ?
Oui, vous devez déclarer l’ensemble de vos revenus mondiaux au Portugal, qu’ils soient français ou d’autres pays. La convention franco-portugaise évite la double imposition mais ne dispense pas de la déclaration. Une omission peut entraîner des pénalités de 30% à 50% du montant éludé. Pour la procédure complète côté français, voir notre guide pour déclarer ses revenus fonciers étrangers via le formulaire 2047.
Quand doit-on s’inscrire à l’IFICI pour bénéficier du régime dès la première année ?
La demande doit être déposée avant le 15 mars de l’année qui suit votre établissement comme résident fiscal portugais. Pour une arrivée en 2026, vous avez jusqu’au 15 mars 2027. Au-delà, vous perdez le bénéfice du régime pour la première année d’imposition et ne pouvez plus le récupérer rétroactivement.
L’IFICI est-il cumulable avec le Golden Visa portugais ?
Techniquement oui, à condition de remplir les critères des deux dispositifs indépendamment. Le Golden Visa vous donne un titre de séjour, l’IFICI définit votre traitement fiscal. Mais attention : un détenteur de Golden Visa qui séjourne peu au Portugal ne sera pas automatiquement résident fiscal et ne pourra donc pas accéder à l’IFICI.